guerre


Janne Teller

Les Grandes Personnes

        Imagine : c’est la guerre – non pas en Irak ou en Afghanistan, quelque part très loin, mais ici, en Europe, en France, chez nous. L’Union européenne et ses démocraties se sont effondrées et des régimes nationalistes et impérialistes ont vu le jour. Depuis des années, Français, Anglais et Scandinaves se battent.La plupart des villes sont détruites, l’économie est dévastée, et on ne se sent plus en sécurité nulle part. La peur, le froid et la faim règnent sur le continent. Ceux qui en ont les moyens fuient vers le Proche-Orient, comme le protagoniste de cette histoire, jeune français de 14 ans. Celui-ci tente avec sa famille de commencer une nouvelle vie dans un camp de réfugiés situé en Égypte. Les conditions de subsistance sur place sont déplorables, démoralisantes. Ses parents n’ayant pas obtenu d’autorisation de séjour, le jeune homme ne peut ni aller à l’école, ni apprendre la langue locale, l’arabe,ni trouver du travail. Il prend très vite conscience de son statut de citoyen de « troisième zone », et fait l’expérience de l’exclusion et de la haine raciale. Il n’a alors plus qu’une envie : rentrer chez lui, dans son pays, à la maison. Mais où est-ce désormais ?

        Un court texte à la forme étonnante, puisqu'il a le format et l'apparence d'un passeport. Si le postulat de départ est très pertinent, la brièveté du texte oblige à un survol de la situation. Les événements sont très étalés dans le temps, et il est assez difficile de rentrer réellement dans l'histoire ; le manque de détails m'a empêché de projeter des émotions sur le récit. Cependant, le choix de la narration à la deuxième personne du singulier est très intéressant, et il ne fait aucun doute que Guerre est le point de départ, l'outil idéal pour une reflexion politique et sociologique beaucoup plus poussée ; mais de mon point de vue en tout cas, le roman ne se suffit pas à lui-même et nécessite vraiment une exploitation en groupe, accessible à partir de 10-12 ans.