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Jean-Philippe Jaworski
Gallimard, Folio SF

Voilà un ouvrage passionnant, d'une qualité d'écriture qui me laisse sans voix ; je suis complètement bluffée par ce recueil.

J'ai donc retrouvé l'auteur de Gagner la guerre, lecture que j'attendais avec impatience ; j'ai à nouveau adoré que les personnages et les destins s'entrecroisent au fil des nouvelles. Même si toutes les histoires se passent dans le Vieux Royaume, leur variété m'a surprise, que ce soit au niveau des personnages mais surtout au niveau du ton et du style qui s'adaptent au propos.

Dans le détail :
Janua Vera met en scène Leodegar, le roi-dieu, aux prises avec un étrange cauchemar récurrent. C'est la nouvelle dont j'ai préféré l'écriture. Un langage qui se prêterai parfaitement à la lecture à voix haute, tant les mots sont choisis avec soin et résonnent parfaitement, avec une harmonie proche de la poésie.

On dit que le Roi-Dieu, une fois de plus, s'est levé dans la nuit. On dit que le Roi-Dieu, une fois de plus, a cherché dans la nuit. On dit que le Roi-Dieu, une fois de plus, a versé dans la nuit. Cependant, on ne comprend guère le malaise exsudé par le palais. On se contente de chuchoter, pour répandre l'angoisse comme une contagion de l'âme, pour conjurer la peur individuelle par la peur collective. Qui peut comprendre ce qui tourmente un dieu ?

Mauvaise donne :  évidemment, c'est celle que j'attendais avec le plus d'impatience. J'ai adoré retrouver Benvenuto, protagoniste de Gagner la guerre, dans une aventure qui se passe avant le roman. Déjà roublard, on découvre ici les circonstances de son rapprochement avec le podestat Leonide Ducatore...

Le conte de Suzelle : La vie d'une petite fille, bouleversée par une rencontre particulière... J'aime beaucoup le sujet de l'histoire. Je connais certaines versions de contes de fées qui ressemblent à cette nouvelle, mais Jaworski a su insuffler en plus l'essence même de l'attente, du temps qui passe, de l'espoir et de la résignation. Très belle nouvelle, qui m'a fait penser à certains écrits de Neil Gaiman.

Jour de Guigne : Ce matin-là, le sort semble s'acharner sur le Maître Calame ; copiste est parfois un métier fort dangereux... C'est la nouvelle qui a été la plus grosse surprise ; j'y ai découvert un Jaworski plus léger, maniant l'humour et le ridicule, dans un univers proche des Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett. Étonnant !

Le confident : On suit le parcours d'un prêtre du Desséché, de ses débuts dans la congrégation à son vœu d'obscurité. Sûrement la plus marquante pour moi, qui ai tendance à la claustrophobie. L'ambiance est absolument étouffante, suffocante, je me sentais enfermée avec le prêtre dans les ténèbres les plus profondes. Terrifiant de véracité !

Les deux autres, Une offrande très précieuse et Au service des dames, m'ont légèrement moins plu sur le moment, mais en lisant la passionnante interview de l'auteur, j'y ai trouvé les clés qui me manquaient pour apprécier ces nouvelles à leur juste valeur. Si vous avez deux minutes, je vous conseille vivement la lecture de cette interview, à la hauteur de l'intelligence et de la richesse de l'univers de Jean-Philippe Jaworski.

Vous l'avez compris, c'est vraiment un ouvrage que je recommande chaudement, et j'attends avec beaucoup d'impatience les futures œuvres de Jaworski.