thomaslerimeur

 

Ellen Kushner

Gallimard Folio SF

        Résumé de l'éditeur : Pour s'être risqué au baiser offert, Thomas le fameux Rimeur se retrouva prisonnier de la Reine des Elfes. Grand vivant s'il en fut, et joyeux compagnon, Thomas vécut près d'elle sept années, dans les voluptueux plaisirs du royaume de Faërie, avant de retourner dans son monde premier, celui du labeur, de la peine, et de la fuite du temps. Hanté, tourmenté par les souvenirs des splendeurs perdues, il lui fallut, malgré tout, retrouver la femme qu'il aimait, reconstruire sa harpe. Et vivre avec les cadeaux ambigus de la Reine des Elfes, le don de prophétie et la malédiction de la parole vraie.

        Quatre parties se succèdent : la première est racontée par Gavin, vieux paysan qui accueille Thomas par une nuit de tempête, suivie du récit de Thomas en Faërie ; Meg, la femme de Gavin, reprend ensuite la parole, pour finir sur l'histoire d'Elspeth.

        Ellen Kushner s'est inspiré d'un ancien conte écossais pour écrire ce magnifique roman de fantasy. Tous les éléments du livre sont une réussite ; l'histoire se déroule lentement sous nos yeux, telle une longue ballade jamais ennuyeuse, car l'auteure a su amener des nouveaux éléments dans chaque partie (l'histoire d'amour qui se tisse entre Thomas et Elspeth, l'énigme de la colombe qui pleure du sang, le don-malédiction dont la reine des fées fait cadeau à Thomas, etc.).
J'ai d'ailleurs apprécié le fait que les récits s'enchainent de façon chronologique, car je m'attendais à ce que chaque personnage raconte la même histoire d'un point de vue différent ; mais du coup le récit progresse toujours, on ne tourne pas en rond et on ne voit pas passer les chapitres.
        Les ambiances sont extrêmement bien rendues, aussi bien celle du quotidien des paysans, des longues soirées d'hiver, de la vie dans les petits villages perdus ; que celle totalement inventée, tout aussi crédible, du pays des fées, de ses coutumes, de ses conflits, de ses créatures, de ses mystères.
        Mais la vraie force de ce roman, c'est le style de l'auteure. Vous qui en avez assez des écritures interchangeables, des styles neutres voire insipides, vous pourrez enfin trouver quatre voix différentes, chacune avec un ton coloré, où les mots et la façon de raconter l'histoire révèlent tout autant (voire mieux) la personnalité du narrateur que ses simples agissements ou descriptions. Chaque voix se différencie vraiment des autres, le style est plein de saveur ; tantôt bourru et un peu fruste pour le récit de Gavin, tantôt aérien et poétique dans la partie narrée par Thomas, c'est un vrai bonheur de lecture de voir les personnages prendre vie au fil des phrases.