insaisissable

 

Tahereh Mafi

Michel Lafon

        Résumé (partiel) de l'éditeur (sinon ça raconte les 100 premières pages) : "Ne me touche pas", je lui murmure. Je mens mais ne lui dis pas. J’aimerais qu’il me touche mais ne lui dirai jamais. Des choses arrivent quand on me touche. Des choses étranges. De mauvaises choses. Des choses mortelles.

        Je suis passée par plusieurs phases à la lecture de ce roman. Grosso modo, on peut dégager trois parties distinctes : quand j'ai entamé le livre, j'ai d'abord été un peu déstabilisée par les phrases barrées, (Sara, tu demandes des droits d'auteure ?) avant de comprendre assez vite qu'elles représentent les pensées ou paroles que la narratrice ne s'autorise pas. L'écriture m'a semblé vraiment intéressante, travaillée, hyper imagée, avec des métaphores très charnelles, sensorielles, épidermiques. Les images choisies m'étaient parfois trop étrangères pour que je puisse complètement me laisser emporter par le récit, mais j'ai néanmoins beaucoup apprécié la poésie et le style du début du récit.
        Sans spoiler, je peux vous révéler que Juliette va assez vite sortir de l'asile : si la lecture reste agréable à ce moment là, on perd une partie du mystère et de l'ambiance angoissante qui entoure la narratrice.
        Mais c'est dans la dernière partie que ça se gâte vraiment. On se retrouve dans une dystopie ultra classique avec des influences très très reconnaissables, et c'est dommage parce que le prologue du roman ne laissait pas présager ce type d'histoire. Tout comme Amadis, j'ai largement tiqué sur les facilités du scénario au niveau de cette troisième partie "action" du roman ; ainsi, lorsque nos héros trouvent une voiture ouverte, clés sur le contact et remplie de victuailles sous le prétexte que son propriétaire a eu peur en entendant une alerte aux fugitifs, je me suis demandé pourquoi ce peureux conducteur n'avait pas fui... avec sa voiture justement. Personnellement, si je suis au volant de mon véhicule et que j'entends que des criminels dangereux et armés se baladent dans les rues, je continue de rouler dans ma voiture verrouillée qui m'abrite et me permet de rentrer chez moi au plus vite, plutôt que de me dire "Tiens, je vais rentrer à pied, à découvert, sans défense, à la vitesse d'un escargot, et en plus je laisse mon moyen de transport et mes courses dans un monde où les deux sont rationnés, youpi tralala huhuhu". Ajoutez à cela que les métaphores et les phrases barrées ont complètement disparu pour laisser la place à un style neutre et descriptif, vous comprendrez la déception grandissante que j'ai éprouvé au fil de ma lecture.

Merci en tout cas à Babelio pour l'organisation de cette nouvelle édition de Masse Critique, et aux éditions Michel Lafon pour la découverte.